FLUX MIGRATOIRES EN PAYS FOYEN

Je voyais dans le même journal télévisé, deux faces de la migration des personnes :
Un bateau dérivant sur la Méditerranée avec à son bord des centaines de réfugiés fuyant la guerre en quête d’un Eldorado européen, accostant, transis, dans un port de Lampedusa. Dans leur malheur, eux au moins étaient vivants contrairement à des milliers d’autres qui périssent en mer. Dans un autre reportage, des retraités achetant des villas à Marrakech ou à Lisbonne.

Effectivement, deux faces bien différentes : une collective et imposée par la guerre pour fuir la violence et la famine, l’autre : des projets individuels choisis et argentés.

Ste Foy, centre au milieu des villages agricoles, fut mais demeure un lieu de rencontre de partages et d’échanges commerciaux bien sûr, mais surtout humains. 

La bastide et le « pays » qui l’entoure se sont façonnés de par les migrations. Au-delà des souffrances des individus, elles ont enrichi le mode des relations par les rencontres provoquées. Loin d’être un handicap, comme certains veulent nous les présenter, les migrations sont le meilleur moyen de croiser nos pensées, nos pratiques, nos coutumes, pour nous permettre une meilleure connaissance de l’autre, de l’apprécier. »

La bastide et le « pays » qui l’entoure se sont façonnés de par les migrations. Au-delà des souffrances des individus, elles ont enrichi le mode des relations par les rencontres provoquées. Loin d’être un handicap, comme certains veulent nous les présenter, les migrations sont le meilleur moyen de croiser nos pensées, nos pratiques, nos coutumes, pour nous permettre une meilleure connaissance de l’autre, de l’apprécier. »

François Mas, président du Musée du pays Foyen.

De la Préhistoire à la fin du 19ème siècle

C’est probablement à l’occasion d’une période interglaciaire, il y a 40 000 ans que l’homme de Cro-Magnon arrive en Aquitaine. Il supplante progressivement son brillant prédécesseur, l’homme de Néandertal
L’Aquitaine protohistorique s’étend entre Garonne et Pyrénées, de l’Atlantique au Couserans. Elle passe sous la domination des Wisigoths, arrivés de Provence et d’Italie en 412-413.

Les Arabes au 8ème siècle.

Les Vikings au 9ème siècle.

1255 Création de la Bastide de Sainte-Foy-la-Grande

Ste Foy, dans la plaine, au bord de la rivière, est un lieu de passage obligé, un emplacement de carrefour entre la mer et la montagne, une zone de passage pour les marchandises et les gens. Le bois du haut pays, les produits coloniaux du port de Bordeaux.

Les lendemains de la guerre de 100 ans ( 1453) et de la grande peste (1520-1527)

 Après la bataille de Castillon en juillet 1453, la Guyenne est ruinée et dépeuplée, on parle de « désert » pour l’entre-deux mers. ll faut repeupler et remettre en état le Pays. L’offre de repeuplement est faite par les seigneurs, abbayes, prieurés; Dès 1472 les nouveaux venus, en majorité des pays d’oil, s’installent : Saintongeais et Poitevins; mais aussi Basques et Auvergnats.

La grande peste relancera l’arrivée de nouvelles familles au 16éme siècle. Elles forment la Petite Gavacherie autour de Pellegrue et de Monségur et la Grande Gavacherie en libourmais.

Des noms de lieux rappellent ces arrivées :

à Listrac de Durèze : « le Basque », « le Poitevin »

à Pineuilh « les Bournets, les Sivadons » du nom de l’arrivant

« les Auvergnats » à Monestier et Montcaret

à st Avit St Nazaire « les Barathons »

Au cours du 18ème siècle s’amorce une chute de la mortalité qui entraîne, dans tous les pays d’Europe une forte augmentation de la population : c’est ainsi que de nombreux pays européens répondent à la pression démographique par de vastes mouvements de migrations afin d’éviter une surpopulation de leur territoire. De son côté la France, adopte un comportement malthusien dont le but est de limiter une trop forte croissance démographique qui freinerait le lent mouvement d’ascension sociale en train de s’affirmer dans le pays. L’application des méthodes de réduction du taux de natalité et l’exode rural existant, la situation démographique en Aquitaine devint vite catastrophique. Cette situation va permettre à la France de devenir dès cette époque un grand pays d’immigration en Europe.

En Espagne, deux guerres vont voir s’affronter Carlistes et Isabelinos. Les militaires Carlistes vont se réfugier en Dordogne entre 1832 et 1840 puis entre 1872 et 1876.

Fin 1830-1832 arrivée de militaires espagnols libéraux après leur tentative de renverser Ferdinand V d’Espagne en bergeracois. Ils repartiront après leur amnistie en 1843. En 1833, après l’insurrection contre les Russes et capitulation de Varsovie (1831), la région accueille des militaires polonais .

Exode protestant 17ème – 18ème siècles

 Environ 400 protestants quittent la région pour la Hollande, l’Angleterre ou Berlin. Quelques exemples:

Cartier Daniel (pasteur) de Ste Foy part en Hollande

Faure Jean de Ste Foy part en Belgique

Faure Moïse de Montravel part au Québec

Gellieu Daniel (pasteur) de Gardonne part en Hollande

Gibert Etienne (pasteur) de St Avit St Nazaire part à l’ Ile de Guernesay

Gomarc-Gommare Jean (pasteur) de La Force part en Angleterre

Goyon Isaac (pasteur) de Issigeac part en Hollande

Mathieu de Monrane Henri de Duras Déporté en Amérique

Rivoire Paul de Ste Foy part en Amérique

Cande Simon (Pasteur d’Eynesse) part à Amsterdam

Brun Jacob (Pasteur d’Eynesse) part à Amsterdam

Pichot (famille) de Bergerac part en Hollande puis Surinam

Misaubin Jacques (Pasteur de Montcaret) part en Angleterre

la chaîne des forçats en route vers Marseille

Témoignage de Jean Marteille : « … je suis né à Bergerac, petite ville de la province de Périgord, l’année mil six cent quatre-vingt-quatre, de parents bourgeois et marchands……en l’année mil sept cent, que la persécution m’arracha au sein de ma famille, me força à fuir hors de ma patrie, et de m’exposer, malgré la faiblesse de mon âge, aux périls d’une route de deux cents lieues, que je fis pour chercher un refuge dans les Provinces Unies des Pays-Bas…. »

 Jean Marteille est arrêté à Couvé (Meuse) à la frontière en 1701. Jugé et envoyé aux galères en 1702, il est libéré en 1713.

L’émigration à la Révolution

1789 – 1815

 Les membres réfractaires du clergé, nobles, bourgeois fuient vers l’Angleterre, la Suisse, l’Allemagne, l’Espagne, l’Autriche, la péninsule italienne, les colonies américaines pour fuir la répression, la confiscation des biens, et s’enrôler dans les armées européennes en guerre contre la France révolutionnaire.

Quelques familles :

Rabar, barons de La Beauze

Rigaud du Marchet

Rigaud de Grandefon

Pierre de Gérault seigneur de Langalerie, chevalier de Saint Louis

Lapoyade de la Terrasse

Cartier de Couronneau

Petit de la Siguenie à Appelles

Demoiselle du Barail à Eynesse

le Comte de Rossane au Fleix

le Comte de Ségur-Boirac à Pellegrue

En mai 1792 , 39 émigrés du pays sont partis (Corriger page 145)
Fin 1830-1832 arrivée de militaires espagnols libéraux après leur tentatives de renverser Ferdinand V d’Espagne en bergeracois. Ils repartiront après leur amnistie en 1843
En 1833, après l’insurrection contre les Russes et capitulation de Varsovie (1831), la région accueille des militaires polonais . En Espagne, deux guerres vont voir s’affronter Carlistes et Isabelinos. Les militaires Carlistes vont se réfugier en Dordogne entre 1832 et 1840 puis entre 1872 et 1876.

Au 19ème et début 20ème et l’exode en Amérique du Sud

 Des familles foyennes en Argentine :

Roque Jean et Roque Henri, beaux frères de Mathieu Brian installés à Cordoba en Argentine dans les années 1830-1850.

Brian Julien, frère de Mathieu installé à Cordoba en Argentine dans les années 1830-1850.

Arthur Bourdichon parti de Sainte Foy vers 1900 comme berger, deviendra le 1er fournisseur d’électricité de la ville de Cordoba (Argentine)

Robertie (St Pierre d’’Eyraud) à Buenos Aires

                   Les pèlerins du chemin de Compostelle

 Voie de Vézelay, entre Mussidan et Saint-Ferme  ou entre Bergerac et Saint-Ferme : avec une voie par Port-Sainte-Foy et traversée de la rivière au Port  via Sainte-Foy puis Saint-Ferme et une autre voie avec traversée de la rivière au Fleix, passage à Sainte-Foy vers Saint-Ferme. Tous les pèlerins ne se faisant pas enregistrer ou faisant tamponner leur carnet de voyage plusieurs fois dans un périmètre réduit, un comptage rigoureux est impossible. L’association des pèlerins de Saint Jacques évoque 450 à 600 pèlerins par an
L’OTSI Ste Foy a enregistré :   2012    358contacts

2013    304

2014    299

2015      58 pour 4 mois d’hiver.

Les moutonniers

Dès le  13éme siècle une transhumance se met en place entre les Pyrénées  la Dordogne, la Gironde et le Cantal. Les éleveurs ont besoin d’herbe pour les animaux pendant l’hiver. Les aquitains ont besoin de fumure pour les vignes et prés, de pacage dans les bois pour les entretenir. Une transhumance au printemps et à l’automne, sans traverser de rivières. La mémoire foyenne se souvient d’un berger venant de Haute Garonne (avant 1939), passant la nuit dans les prés à Pineuilh,

Un flux permanent : les Tsiganes

En 1419 les premiers groupes de Tsiganes sont signalés en France venant de Savoie et de l’empire allemand, ils descendent en Italie puis se fixent en France. Ils sont signalés à Rodez en 1427.

La première mention en pays foyen est une délibération du 27 mai 1891 du conseil municipal de Port sainte Foy.

les Tziganes se partagent en 3 groupes : Rom, Manouche ou Sinte, Kale (gitans)

familles DA…        DO..  (catalans) ,       MA. (piémontais),         ZI    dès 1920 en pays foyen

Des spécificités liées à la saisonnalité :

Cette saisonnalité se retrouve dans les zones de hautes appellations viticoles, maraîchères, fruitières, et touristiques l’été sur la côte, désormais premières causes des venues. La saisonnalité agricole se trouve dans le prolongement des axes fluviaux de la Dordogne et de la Garonne sur lesquels ces situations sont visibles bien en amont avec les mêmes typologies et familles, les mêmes organisations économiques d’employeurs et de saisonniers.

Ces enjeux saisonniers importants (plus de la moitié des déplacements tsiganes en Gironde se produisent en 3 mois sur des activités saisonnières) s’expriment de façons différentes. Souvent ces venues sont précédées de grands passages qui préparent une dispersion économique. Dans ces itinéraires de venues l’agglomération bordelaise accueille et renforce ces grands groupes des populations locales en difficultés d’arrêts locaux. Ceci génère, sur la côte comme en agglomération bordelaise ou sur le libournais, des rassemblements dépassant la cinquantaine de caravanes

Un croisement des différentes sources permet ainsi d’estimer globalement la population tsigane en Gironde à environ 13 000 personnes. Ce chiffre peut se répartir, et avec toutes les précautions inhérentes à cet exercice, entre environ 3 500 voyageurs de passage et 9 500 « girondins ». Ceci est toutefois à prendre avec beaucoup de prudence car si les stationnements sauvages ou les terrains familiaux sont « lisibles », il est difficile de quantifier le nombre de familles tsiganes dont le mode de vie ne se démarque pas particulièrement du reste de la population.

L’aire d’accueil des gens du voyage en pays foyen ouvre en 2011. On recense en passage  60 familles en 2011

94 familles en 2012

86 familles en 2013

52 familles en 2014 (fermeture 3 mois)

12 familles pour le 1er trimestre 2015

L’animateur constate des séjours de plus en plus longs, une sédentarisation inconsciente, inavouée.

De 1920 à 1939

Dès les années 1920 la France accueille plusieurs milliers de réfugiés d’URSS, Grèce, Turquie, Arménie , Juifs de d’Europe  centrale.

Les antibolchéviques à partir de 1917 puis des Russes pour échapper à la famine de 1921-1922.

De 1914 à 1919 la région accueille les évacués français des zones de combat

Les Espagnols

En 1926 environ 200 000 Espagnols vivent dans la moitié sud de la France.

La guerre d’Espagne provoque des vagues d’immigrés (environ 500 000 personnes) vers la France de 1936 à 1939 : « la Retirada »

Les Italiens  1920-1950

Ce sont des éléments politiques, montée du fascisme mais également économiques qui ont poussé bons nombres de familles rurales italiennes à venir tenter leur chance en France.

Les Italiens dans le Sud-Ouest sont un cas particulier d’immigration au 20ème siècle, sollicitée par le milieu agricole en manque de main d’œuvre .

Le recrutement de familles italiennes pour travailler la terre s’organise à partir de 1923: les italiens viennent en France dans le cadre d’une convention leur permettant de bénéficier d’une protection sociale. Le chef de famille venait visiter les lieux et ensuite le reste de la famille suivait et procédait à l’installation. Très vite ils deviennent métayers puis fermiers et très souvent les familles s‘associent et apparaissent comme des cultivateurs expérimentés et novateurs, notamment dans l’élevage de basse-cour.

La multiplication des mariages mixtes est un signe majeur d’intégration mais, découragés autant par les autorités françaises qu’italiennes, peu demandent la naturalisation. Une volonté de sauvegarder les valeurs italiennes (cuisine, pratique religieuse, conception des rapports familiaux) est toujours présente et les rapports avec la famille restée au pays sont permanents.

De 1920 à 1926 ce sont 40 000 Italiens en Aquitaine et Midi-Pyrénées, immigration en famille, certains même avec outils, semences et cheptel.

Le recensement de 1936 donne plus de 30 000 Italiens présents en Aquitaine.

La participation italienne à la résistance française lors de la seconde guerre mondiale est un bel exemple d’attachement de ce peuple à la France, terre d’accueil.

 De 1939 à 1955

1940 les réfugiés

Ordre d’évacuation du 4 septembre 1939 : plus de  2000 réfugiés de LONGWY dans le canton puis 3000 en juillet 1940.

796 à Ste Foy, qui deviennent 1032 en janvier 1940

506 à Pineuilh

200 aux Lèves

850 à Port Ste Foy

Réfugiés du Bas-Rhin, belges, luxembourgeois et néerlandais. Les Allemands voulant germaniser l’Alsace et la Lorraine expulsent  aussi tous les Lorrains  «indésirables ».1940/42 la ligne de démarcation. Après la mise en place de la ligne de démarcation en juin, l’occupant impose, dès juillet 1940, aux réfugiés de rentrer chez eux.

Dès juin 1940, après l’offensive allemande et la défaite française, un flot traverse Ste Foy en direction de la zone libre.  Puis arrivent les armées belges, anglaises et françaises en déroute dès juin 1940.  L’armée française s’installe pour surveiller la ligne de démarcation jusqu’à sa suppression le 11 novembre 1942 avec l’invasion de la zone libre par l’occupant.

Par contre il est impossible d’estimer les passages clandestins de la ligne de démarcation (soldats, Juifs, espions, évadés, pilotes d’avions abattus, familles séparées, etc).

Témoignage  de Georges Verdun : «… faut vous préparer à partir! Je dois rester à l’usine, je ne sais combien de temps. Il faut aller prendre le train à Longwy pour 18 heures…C’est presque le terme du voyage, une attente, un changement de train et l’omnibus fait défiler nombre de petites stations : Lamothe-Montravel, Montcaret, Vélines, St Antoine de Breuilh,  Sainte Foy la Grande! c’est le terminus… le long des berges, il est aussi une animation faisant partie des découvertes des réfugiés. Ce sont les lavandières qui la procurent…..elles ne ménagent pas leurs propos. les écouter pourrait correspondre à s’épargner l’achat d’un quotidien… »

les Juifs

« Un rapide comptage effectué à partir des informations multiformes recueillies laisse à penser qu’au moins une soixantaine de familles étaient présentes à Sainte-Foy et dans les alentours en 1943-1944. Nous pouvons estimer que les juifs réfugiés représentent au bas mot 160-170 personnes, étant entendu que les gens sont contraints de se déplacer, connaissant ainsi plusieurs refuges, tout en cherchant à se fondre dans le reste de la population. »

1947 : arrivée d’israélites polonais.

Les Portugais

À partir 1950.   Plus de 750 000 sont installés en France en 1975.

Témoignage de Antonio M. :

« Je suis parti de mon village natal au Portugal vers l’âge de 13 ans pour m’installer à Lisbonne : première immigration. Puis à 24 ans j’ai eu envie de voyager et suis parti faire un petit tour en Europe (Hollande, Italie, France) de 3, 4 mois. Je voyageais en stop et faisais des petits boulots. J’arrivais à un endroit parce que j’avais appris par le bouche à oreilles qu’il y avait du travail. Puis j’ai rencontré une Française avec qui j’ai eu un enfant ce qui m’a décidé à rester en France. Mais je retourne au Portugal deux ou 3 fois par an.

Contrairement à l’immigration précédente des années 1960 partis soit pour des raisons économiques ou politiques ou n’ayant pas envie de faire le service militaire de 4 ans, je suis parti de mon plein gré. J’ai trouvé en France la possibilité de m’inscrire comme « artiste libre ». Je ne me suis jamais positionné comme quelqu’un venu d’ailleurs. Je suis « Citoyen du monde ». J’ai trouvé dans le pays foyen un accueil extraordinaire et n’ai subi aucune réaction xénophobe ou raciste. Par contre, j’ai le sentiment que les étrangers sont moins bien accueillis maintenant du fait de la crise, de la paupérisation de la population et de la montée du nationalisme. »

les réfugiés vietnamiens

En 1954 environ  5 000 français d’Indochine (mariages mixtes ou veuvage) sont rapatriés en France dont 1 200 à Sainte Livrade (47) dans le Centre d’Accueil des Français d’Indochine (CAFI). Si les adultes restent longtemps là,sans intégration voulue et acceptée  (on a parlé d’un « Vietnam-sur-lot); toute la génération suivante va s’éparpiller dans la région à l’âge adulte, fréquentant le lycée foyen par exemple.

Témoignage de M Nguyen : « Je suis né à Hanoï au Vietnam. Je suis arrivé en France à 22 ans en 2003 pour finir des études que j’avais commencées à l’École supérieure de Commerce à Hanoï. J’ai  bénéficié d’un programme d’échanges et j’avais bien préparé mon arrivée en France grâce à des amis déjà installés. Je trouve qu’il y a beaucoup d’étrangers à Ste Foy et j’y ai reçu un très bon accueil. J’ai repris le restaurant de mon oncle mais ce n’est pas facile de tenir un commerce ici. »

Les Hollandais

Famille Van Der Horst : Jean Van Der Horst (né en 1921 en Hollande) fréquente une école agricole en France à partir de 1948. Les terres sont rares aux Pays Bas. Le 23 octobre 1951 il s’installe dans une ferme « au Gandoy » à Saint Michel de Montaigne. Il se marie en Hollande avec Johanna Boekhort le 5 février 1952. Le voyage de noce, en direction de la France se fait dans le camion de déménagement avec « huit vaches, des plans de pomme de terre, du fourrage, des semences, des haricots, du sucre, du café, mais également le matériel nécessaire à la fabrication du fromage, des bidons de  lait remplis de nourriture pour trois mois…..un cheval de trait….. quelques meubles… »

Naturalisés français en 1971, ils achètent la ferme « l’hirondelle » à Montcaret en 1974.

Les Malgaches

Une émigration infime, moins de 1% en France

Une émigration d’élite, issue de la bourgeoisie de Tananarive, venue faire des études.

Guerre de 1947 à 1951, indépendance en 1960. À partir de 1945/47, s’amplifie entre 1950 et 1960.

Beaucoup sont protestants et on les retrouve soit au collège de Guyenne soit dans les familles pratiquantes.

Certains sont rejoints par les familles dans les années 1980 suite aux difficultés économiques et politiques de Madagascar.

« Quelques  50 000 Malgaches vivent en France aujourd’hui, notamment dans les Bouches-du-Rhône, en Île de France, en région Rennaise et en Aquitaine. Dans cette dernière, ils sont particulièrement liés aux protestants locaux. Ni pauvres, ni très aisés, ces Malgaches ne sont que rarement pris en compte dans l’analyse des phénomènes migratoires. Leur migration est une migration individuelle ou familiale dont la durée au départ fixée à cinq ou six ans peut se transformer en 20 ans, voire toute une vie ! »

Témoignage de Melle Chantal Ranaivoson : « J’ai vécu à Tananarive jusqu’à l’âge de 10 ans. Nous avons quitté Madagascar pour suivre mon beau-père français qui souffrait d’emphysème. Nous avons voyagé à bord d’un paquebot. Le trajet a duré un mois. Un des souvenirs les plus marquants a été le passage de l’Équateur. Sur le paquebot en pleine mer, on était déguisé, il y avait des couronnes. Tout le monde faisait la fête. C’était bien, il faisait beau, il y avait du vent… Ma première impression à notre arrivée en France a été le froid auquel je n’étais pas habituée. Mais nous nous sommes très vite intégrés…. J’ai aimé beaucoup Ste Foy la Grande à mon arrivée, c’était une ville très « fréquentée ». Je me considère comme foyenne parce que j’aime Ste Foy…Je ne voulais pas partir de Madagascar mais je me suis très vite adaptée à la France. J’aimerais retourner à Madagascar mais pour les vacances. Je sais que ça ne sera plus pareil, il y a beaucoup de pauvreté.  »

1961/1962 Harkis et Pieds Noirs

32 000 rapatriés Pieds Noirs en Gironde, 20 000 en Lot et Garonne

38% avaient acheté un bien en France avant 1961.

Les Harkis (supplétifs de l’armée française) 390 000 : seulement 60 000 rapatriés en France (soit 135 000, familles comprises) entre le 1er janvier 1962 et 31 décembre 1963 dans des camps dans la moitié sud de la France (Sainte-Livrade pour le Sud Ouest)

De 1954 à 1962 les Algériens présents sur le sol français passent de 221 000 à 350 000.

À Ste Foy et dans la région, comme dans toute la France, les Pieds Noirs en 1962, sont arrivés en famille du jour au lendemain en nombre.

Certains avaient anticipé ce « rapatriement », mais d’autres non. Pris dans le flot de l’inconnu, ils allaient entamer leur nouvelle vie sans l’avoir projetée.

Témoignage : «  Quel sera « mon port d’attache », notre famille s’est attachée à la présence d’un hôpital renommé en raison de la santé de mon grand-père très malade. Mes grands-parents se sont donc installés à St Aulaye de Breuilh comme s’appelait alors la commune, nous avons déménagé à St Seurin de Prats. mes autres grands-parents nous ont rejoint à Ste Foy, mes oncles et tantes à Pineuilh pour quelques mois. Tout cela dans l’urgence.

Mon premier souvenir de Ste Foy, ce devait être un samedi de septembre où la famille s’était retrouvée sous la tonnelle de la Boule d’Or, bondée de monde. Pendant longtemps j’ai été subjugué par mon oncle qui alla à la banque en face « faire de l’argent … ». mais que Sainte Foy était grande depuis St Seurin et mes 7 ans…

Mon oncle et mon père gérèrent ensemble une entreprise de matériaux de construction à Vélines, dont le nom était un clin d’œil : LA RO MA pour ROusier-MAs, le nom de naissance de ma grand-mère était Roma.

Mes parents s’installèrent à Ste Foy au 61 rue de la république pour reprendre l’épicerie L’Océan.  Plusieurs Pieds Noirs s’étaient également convertis dans le commerce (mode, buraliste, bar…. ) l’artisanat, d’autres reprirent des exploitations agricoles : vignobles, exploitations fruitières.

Pour mon grand-père maternel, proche de la retraite, il fut difficile de trouver le type d’agriculture adaptée à  la région, je me souviens de sa récolte de tomates  grêlée, son colza en contrat avec une entreprise, l’exploitation d’un cheptel de moutons… Difficile d’imaginer une culture sur du long terme, tout cela dans le contexte de la mise en place du Marché Commun.

Ce qui marqua me semble t’il cette migration Pied Noir, par rapport à d’autres, c’est qu’elle concernait des français, qui, du jour au lendemain, ont vu leur appartenance à la collectivité nationale contestée du fait de leur déplacement, en même temps qu’une défiance quant à leur position dominante supposée dans leur terre d’origine. »

Travailleurs d’Afrique du Nord

Les Marocains 

1952-1956  rapatriés du Maroc et de Tunisie avec la fin du protectorat.

On retrouvera beaucoup de points communs ces dernières années plus tard avec l’arrivée sur la commune de Marocains, qui eux aussi tenteront d’investir dans le commerce avec les Kebabs, les restaurants, les épiceries boucherie… En plus des entreprises artisanales dans le bâtiment.

Difficile de ne pas évoquer Sidi Slimane lorsqu’on parle des marocains de Ste Foy. Cette ville  appelée « Le Petit Paris », source d’inspiration des peintres Hans Kleiss et Yvonne Kleiss-Herzig dès 1952, dans la région de laquelle des français avaient des propriétés agricoles. Les ouvriers agricoles ont naturellement suivi leurs patrons en Pays Foyen, et ont ensuite été  rejoints par leurs familles. Les enfants se sont intégrés dans les établissements scolaires. On se rappellera de la commune de La Roquille qui construisit des logements  sociaux pour répondre  aux besoins de ces familles.

Une certaine fracture a éclaboussé une harmonie que nous avions pu établir à Sainte Foy comme un peu partout, le 11 septembre 2001. La concorde a laissé la place à un certain malaise, ébranlant notre vivre ensemble. Les rues de la Bastide se sont vidées des rencontres du soir entre amis évoquant le bled, ou leurs soucis du moment, pour se replier à leur domicile.  Nouveau traumatisme  avec  les attentats de Toulouse.

La montée du chômage depuis une quinzaine d’années a fait beaucoup de mal à la jeunesse et en particulier à celle issue de l’immigration. Une volonté hors du commun à permis toutefois à un certain nombre de nos jeunes de rentrer dans le monde du travail, mais a nécessité une nouvelle migration vers des bassins d’emploi mieux lotis.

A noter que ces derniers mois,  arrivent dans notre région des Espagnols ou Portugais naturalisés  originaires du Maroc

Témoignage : «…C’est le patron qui leur a dit qu’il fallait qu’ils achètent une maison. Il les a aidé à en trouver une. Ils ont déménagé … Quand ils ont quitté la ferme, tout le monde pleurait, son mari et elle et les enfants, mais leur patron aussi… Peu à peu les Marocains sont arrivés dans la région comme la pluie. Lors des obsèques récentes, la maison était pleine. Plus de cinquante personnes étaient venues présenter leurs condoléances… »

Années 1980/2000 

En 2009, plus de 50 000 immigrés arrivés en France depuis moins de dix ans vivent en Aquitaine. Huit nationalités en regroupent plus de la moitié (59 %) : les Britanniques nettement en tête, suivis des Marocains et des Portugais. Viennent ensuite des Espagnols, des Algériens, des Belges, des Néerlandais et des Turcs. Six Britanniques sur dix arrivés récemment ont au moins 50 ans

L’Aquitaine compte plus de 15 000 résidents britanniques, installés pour beaucoup en Dordogne et en Lot-et-Garonne. La Dordogne est, après Paris, le département qui en accueille le plus, soit 7 200 (8 200 pour Paris). C’est la moitié du contingent aquitain, ils habitent principalement aux franges nord et sud du département. Il est vrai qu’on entend parler anglais également dans les territoires limitrophes de Charente, de Charente-Maritime, de Haute-Vienne, de Lot-et-Garonne et du Lot. La proximité de l’aéroport Bergerac-Dordogne-Périgord facilite les échanges entre ce territoire et les îles britanniques en particulier pour le sud du département. En 2011, 78 % des 289 000 passagers transportés étaient britanniques (source : Chambre économique de la Dordogne). Dans certains cantons, comme ceux d’Eymet et de Verteillac, la population immigrée britannique dépasse 8 % de la population.

Si les Britanniques sont les plus nombreux en Dordogne, ce sont les Portugais en Gironde et dans les Landes, et les Marocains en Lot-et-Garonne. Sans surprise, les Espagnols sont les plus nombreux en Pyrénées-Atlantiques.

Conclusion

Une nouvelle société s’est progressivement mise en place en pays Foyen.

Dès les années 60, dans le mouvement de « mieux être », commerçants et artisans quittent leurs appartements exigus au dessus des commerces et ateliers pour acquérir une villa avec jardin en périphérie. Laissant leurs anciens logements inaccessibles se dégrader.

L’arrivée des grandes surfaces transfère la distribution des marchandises hors de la bastide avec ses locaux commerciaux inadaptés en surface, accès et parkings.

Des plans d’urbanisation, défiscalisés et souvent surdimensionnés vident la bastide et attirent une partie des résidents de la CUB.

Sainte Foy, avec ses logements vacants, ses « marchands de sommeil » et spéculateurs qui louent peu cher des logements en piteux états, attire les petits revenus des ouvriers souvent d’origine magrébine. Ils travaillent essentiellement pour les entreprises de prestations viticoles et vinicoles.

Tous ces éléments ont accéléré une perte d’activité de la ville au bénéfice des communes périphériques. Ce qui se traduit aujourd’hui  par la nécessité de repenser globalement l’urbanisation de tout le bassin de vie, pour permettre que toujours il fasse bon vivre en « terre foyenne ».

 

 

 

 

 

 

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